Disparition inquiétante dans les Pouilles.

ETE SANS RETOUR Dans L’été sans retour, l’auteur belge Giuseppe Santoliquido plonge dans ses racines italiennes et signe un roman envoûtant.
Par le biais d’une histoire de disparition d’enfant inspiré d’un fait divers, il montre tout son amour pour cette terre.

Une jeune adolescente disparaît dans un village du sud de l’Italie complètement isolé et hors du temps. Rapidement la télé va s’emparer de cette tragédie pour en faire un événement de téléréalité suivi par le pays tout entier. Un jeune homme, bafoué par le village à l’époque des faits, revient sur les lieux des années plus tard et s’autorise à raconter cet épisode douloureux qui a bouleversé sa vie et celle de toute une région…

Un très beau roman, à la construction originale, captivant et passionnant parce qu’on est plongé dans la vie de villageois traversés par l’angoisse et la révolte, si proches et pourtant dévorés par les jalousies et les haines, et où les monstres vont se dévoiler… Il pose question sur notre regard face à la télé qui va mettre en scène la douleur d’une famille et abuser, de façon odieuse, de son intimité : où met-on les limites de l’indécence, jusqu’où va notre besoin de révélations, …

L’écriture simple, très imagée, très sensuelle, offre une jolie peinture de ce coin d’Italie, illustre parfaitement l’ambiance lourde qui émane d’un village figé et restitue de belle manière cette terre, ses odeurs, ses lumières, sa chaleur, sa dureté.

Un voisin presque idéal...

La L AMIvie de Thierry s’effondre quand il apprend que son voisin et ami se révèle être un tueur en série...
Après l’étonnant Roissy, Tiffany Tavernier nous offre avec L’ami une lecture touchante et fascinante en nous plongeant dans les abîmes d’un homme qui tombe.

 Un matin, Thierry et sa femme voient la maison d’à côté encerclée par le GIGN : leurs voisins si charmants, avec lesquels ils entretenaient une amitié sincère, sont arrêtés car le mari est soupçonné de meurtre. Leurs vies vont en être bouleversées.

Tiffany Tavernier étudie l’impact d’une révélation abominable sur un couple soudainement confronté au mal. Comment un fait divers monstrueux fait violence dans la vie d’un couple, qu’est-ce que ça laisse à l’intérieur de chacun, comment reconstruire une vie quand tout s’écroule…? Comment n’ont-ils pu rien voir ?
L’auteure s’intéresse non pas à l’enquête, mais à tout ce que ça va révéler chez cet homme et de son couple: ses blessures, ses secrets, ses silences, ses certitudes, la muraille qu’il a dressée, tout ce qu’il n’a jamais voulu voir…

Beau portait d’un homme brisé, très fin, avec une écriture qui va à l’essentiel et des mots qui sonnent justes.

Et si vous avaliez du verre brisé ?". Comment cet étrange graffiti est-il apparu sur l'immense paroi transparente de la réception de l'hôtel Caiette, havre de grand luxe perdu au nord de l'île de Vancouver ? Et pourquoi précisément le soir où on attend le propriétaire du lieu, le milliardaire américain Jonathan Alkaitis ?

Ce soir-là, une jeune femme prénommée Vincent officie au bar ; le milliardaire, lui fait une proposition qui va bouleverser sa vie. Dans ce havre de luxe, fortement inspiré par l’affaire Madoff, des gens se croisent, des destins se font et se défont. Comme un papillon au Brésil peut causer une tempête au Texas, un verre au bar de l'hôtel Caiette peut ruiner une existence... 

L'une des prouesses de L'Hôtel de Verre d'Emilie St John Mendel , roman brillamment construit, est de tenir sur un compte à rebours « commençons par la fin ». La chute est connue d'avance et certains événements sont annoncés sans qu'on soit en mesure de saisir leur portée mais au fil de la lecture, l'intrigue se met en place par petites touches.

J’avais déjà beaucoup aimé « Station Eleven » du même auteur et là je suis à nouveau conquise !

Palerme, ville d'ombre et de lumière.

Borgo Vecchio de l'écrivain italien Giosuè Calaciura, est l'histoire à la fois tendre et violente, d'un quartier populaire de Palerme, à la fin du XXè.

Giosuè Calaciura nous plonge dans l’ambiance d’un vieux quartier situé près de la zone portuaire, Borgo Vecchio. Quartier pauvre certes, mais riche de ses habitants : Mimmo et Cristofaro, Toto le mafieux, Carmela la prostituée... On y côtoie commençants, voleurs, curé, enfants...

L'amitié, l'amour, la haine... en font une histoire plus vraie que nature, grâce à une écriture simple, mais poétique. ma che bella !

Roman social, roman d'aventure, roman d'amour.

Le scénariste et écrivain Didier Le Pêcheur nous plonge dans le Paris de 1892 alors frappé par une série d’attentats anarchistes. La police est sur les dents et recherche partout un dénommé Ravachol.
Un bref désir d’éternité, quand la petite histoire se mêle à la grande Histoire...

.En favorisant l’arrestation du terrible Ravachol, Jules, garçon de café, se retrouve érigé par la presse en véritable héros, mais aussi une cible à abattre pour les anarchistes. Pour s’en sortir, il s’engage dans la police. Zélie, prostituée, rêve de sortir de sa condition de fille d’ouvriers. Leurs destins vont se croiser.

Même si le titre et la couverture laisse supposer que nous avons là un roman d’amour, ce récit est à la fois historique, policier, social et d'aventure, avec en toile de fond, la misère, les attentats anarchistes, les mouvances et les mutations de la police, les politiciens, le proxénétisme des bas-fonds et mondains, les premières bandes organisées...

Une belle palette de personnages intéressantes, un beau livre avec des mots et des noms oubliés

Du génocide arménien à la guerre en Syrie.

L’écrivaine libanaise Joumana Haddad signe Livre des Reines, une magnifique saga familiale retraçant le destin tragique de quatre femmes, sur quatre générations différentes, prises dans le tourmente des conflits qui ravagent depuis trop longtemps le Moyen-Orient.

Le récit commence au moment du génocide arménien en 1915 et se termine aujourd’hui avec la guerre en Syrie. On suit le destin de ces quatre femmes entre l’Arménie, la Turquie, La Syrie et le Liban, tout au long du vingtième siècle. Elles représentent les quatre reines du jeu de cartes, chacune avec ses caractéristiques, ses atouts et ses faiblesses. Elles ont toutes en commun, outre qu’elles appartiennent à la même famille et sont toutes les quatre rousses, les guerres qui déchirent le Proche-Orient depuis 100 ans.

C’est une ’histoire de femmes fortes qui survivent aux guerres, à leurs maris, aux deuils, aux désillusions, racontée avec beaucoup d’intensité mais sans mélodrame. C’est un livre sur la résilience des femmes, sur leur capacité à endurer qui ne se lâche plus une fois qu’on l’a commencé. Énorme coup de cœur.

La première enquête du lieutenant Reiko de la police métropolitaine de Tokyo.

Avec Rouge est la nuit, Tetsuya Honda signe le premier opus des aventures de la fougueuse et intuitive Reiko Himekawa et de son équipe masculine.
Un roman policier original et détonant à la rencontre d'une nouvelle héroïne atypique nous plongeant dans le Japon d’aujourd’hui.

Bien que prolifique avec une quinzaine de livres, c’est le premier titre de l’auteur qui est ici traduit par Dominique et Frank Sylvain, écrivains français passionnés par la culture japonaise à la tête de cette nouvelle maison d'éditions, l'Atelier Akatombo.

Tetsuya Honda nous embarque dans les rues sombres de Tokyo et dans des bars de nuit désaffectés. Le décor parfait pour une scène de crime ! Des cadavres sont retrouvés lacérés et éventrés. On comprend tout de suite que le roman va être noir voire très noir, sanglant mais addictif et bon. Puis passée cette description macabre, un peu d’érotisme pour nous détendre ! L’enquête est menée par la ravissante lieutenante Reiko Himekawa, femme déterminée au passé sensible. Face à elle un autre lieutenant plutôt misogyne. Leurs relations sont compliquées et Reiko doit composer entre ce milieu machiste et sa famille qui lui reproche beaucoup de choses.

À travers ce roman nous découvrons la place de la femme dans le monde de la police et comment la police japonaise règle ses affaires entre flics pourris, compétitions entre équipes...

Une série prometteuse à lire dans les meilleurs délais !

Passé refoulé.

L’écrivaine allemande, Juli Zeh, nous emmène sur l’île de Lanzarote, où un jeune père de famille en vacances avec femme et enfants, revient sur un événement traumatique survenu dans son enfance.
Nouvel An est une plongée vertigineuse dans les traumatismes enfouis.

Henning fuit l’Allemagne avec sa famille pour les Canaries afin d’y passer les fêtes de fin d'année. Il affectionne particulièrement le le vélo et veut profiter de ces quelques jours pour s'adonner à son loisir. Sa relation avec sa femme est distante et celle qu'il a avec sa sœur est bien trop fusionnelle. Il souffre de crises de panique dont il ignore la cause, semble désenchanté, insatisfait et, de prime abord, il n'est pas plaisant. Pour se soulager, il enfourche son vélo et grimpe jusqu’en haut d’un sommet où il arrive, épuisé, à une maison. Et là, les souvenirs affluent : à six ans, il est contraint de prendre en charge sa jeune sœur de deux ans. Il essaie de reproduire les gestes maternels pour l’accompagner et tente de répondre comme il peut à leurs différents besoins.

C’est son inconscient qui lui a intimé de venir passer ses vacances sur cette île et de monter jusqu’à cette maison, pour qu’il se souvienne enfin et puisse aller de l’avant. Ce récit dramatique évoque comment les enfants doivent composer avec l'inconsistance des adultes qui les entourent et à quoi ils s'accrochent. Un roman plein de sensibilité sur les dommages collatéraux d'une histoire de "grandes personnes".