Angélique Villeneuve aborde dans Maria un sujet grave et épineux traité avec beaucoup de finesse, d’empathie, et signe un beau portrait de femme…tout simplement lumineux !

Maria est une jeune mamie fan de son petit-fils Marcus âgé de trois ans qui la comble de bonheur, allant jusqu'à sacrifier son travail au salon de coiffure et sa vie de couple. Pourtant la relation est compliquée avec sa fille et son gendre qui souhaitent appliquer des principes novateurs en matière d'éducation et de modèle familial. Ils ont décidé que sur la question du genre, c’était aux enfants de faire leur choix. Ils laissent donc Marcus s'habiller avec une robe, se vernir les ongles,.. et refusent de dévoiler le sexe du nouveau bébé qui pointe son nez. Même Maria est tenue à l'écart.

Ce court roman est une perle. Si la question du genre est au cœur de ce texte, nous sommes amenés à réfléchir aussi sur les notions de stéréotypes - garçon/fille -, les liens familiaux, les difficultés de communication - mère/fille - , les nouveaux chemins de la parentalité…. Et puis à nouveaux parents, nouvelle grand-mère. Cette mamie est d’une étonnante modernité et extrêmement touchante. On est sous le charme de cette femme qui fait confiance à son intuition et n’hésite pas à prendre des décisions hors du commun au titre de l’AMOUR !

L'écriture singulière, intimiste, nous happe dès les premières phrases et nous met en contact direct avec les sentiments de Maria. L'auteur confronte deux univers et deux générations avec délicatesse et sans aucun jugement. Angélique Villeneuve a reçu le grand prix SGDL 2018 de la fiction et nous en sommes ravis !

Dans un premier roman totalement dépaysant, La Somme de nos folies, Shih-Li Kow relate les péripéties truculentes d'une petite bourgade malaisienne. Assurez vous que vous êtes libre de votre temps pour ce merveilleux voyage.

Direction Lubok Sayong, une petite ville au nord de Kuala Lumpur. La singularité de ce paysage, une cuvette entre rivière et lacs soumise à de fréquentes inondations. Très vite, la petite orpheline Mary Anne nous entraîne dans un monde plein de réel et de magie.

Ce récit très drôle ne cesse de nous faire sourire, tellement les personnages sont pittoresques et pleins de bienveillance. L'écriture subtile, légère, malicieuse, rend la réalité bien cocasse.

Saluons l'originalité de ce premier roman, une Auteure à suivre.

Une révolution manquée ou les rêves bafoués du peuple égyptien.

En suivant le destin de plusieurs personnages épris de justice et de liberté dans une société corrompue et soumise à une dictature impitoyable, Alaa El Aswany évoque la révolution avortée de 2011. 
Interdit de publication en Égypte, J’ai couru vers le Nil, est un roman choral dur, beau et nécessaire.

Le Caire, 2011, sur la place Tahrir, des jeunes se révoltent contre la corruption, l’injustice et l’autorité arbitraire qui règnent en Égypte. El Aswany retrace ces quelques jours qui ébranlèrent son pays à travers plusieurs personnages, hauts en couleur, de convictions et de conditions sociales différentes, qui vont être mêlés aux événements et dont les destins vont se croiser. Sous nos yeux, ils s’aiment, se battent courageusement, rêvent à un avenir nouveau. Puis c’est le temps de la terrible répression, de l'échec, avec le retour au pouvoir des militaires grâce à l’aide des Frères musulmans, des désillusions et du discrédit par les médias qui ont manipulé et trompé l’opinion publique à coup de désinformation.

 El Aswany dresse un portrait sans concession de cette révolution et de la société. C'est une véritable plongée où il ne nous épargne rien. Les témoignages des victimes sont éprouvants mais heureusement entrecoupés de scènes d'amour touchantes. Il nous fais sentir l'oppression, l'hypocrisie, l'obscurantisme, les dérives d'une religion sans morale, la corruption immuable...

Contrairement au ton nostalgique et humoristique de L'immeuble Yacoubian, le ton est plus sarcastique et plein de rage. El Aswany est un grand raconteur d'histoire qui possède une grande puissance d'évocation. Son roman qui a reçu le Prix Transfuge du meilleur roman arabe 2018, est plein de vie, émouvant, et nous quittons avec tristesse ses personnages. Ils continuent à nous hanter, une fois le livre refermé.

 
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Par-delà l’amour et la mort.

Par-delà la pluie est l'histoire d'une rencontre entre deux êtres au crépuscule de leur vie, qui tentent de refermer leurs blessures.
Avec ce roman noir dense et bouleversant, Victor del Arbol explore la vieillesse et interroge comme toujours les stigmates de la guerre d’Espagne.

Miguel et Helena, septuagénaires, se retrouvent dans la même maison de retraite. Ces deux solitaires qui sont l'exact contraire l'un de l'autre vont pourtant s'attirer, se lier, se disputer avant de décider finalement de ne pas s'enterrer dans ce mouroir et de partir sur les routes pour tenter de se réconcilier avec leur passé. Parallèlement, le commissaire Gövan soupçonne sa jeune maîtresse Yasmina de renseigner un mafieux sur les avancées de son enquête. Petit à petit on découvre que des liens unissent tous ces personnages.

Victor del Arbol prouve à nouveau son talent de conteur. Sans nous perdre, son récit navigue entre lieux, personnages et époques différents et aborde de nombreux thèmes divers : les traces laissées par la Guerre civile espagnole, la violence conjugale, la prostitution, la culpabilité face à l’histoire, la trahison, le sort des immigrés, le poids de la culpabilité, mais surtout la vieillesse, les faiblesses qui l'accompagnent, le désir de vivre au présent. Un roman dédié à la mémoire sous forme de quête, celle de trouver la paix avec soi-même.
Que c’est sombre, mais que c’est beau !

Le voyage immobile.

Elle a perdu la mémoire. Elle vit à Roissy. Elle s’y sent à l’abri, alors elle doit devenir une indécelable.
Tiffany Tavernier, la fille de Bertrand Tavernier, nous ouvre les portes d’un monde à part, un lieu étrange et fascinant, où ont choisi de vivre des clandestins appelés des indécelables.
Roissy, un roman prenant, poétique et original qui nous hante longtemps après…

Après un traumatisme qui l'a rendue amnésique, Anna vit clandestinement à Roissy. Une valise à la main, telle une passagère en attente de son avion, elle arpente inlassablement les couloirs de l’aérogare dont elle connaît tous les coins et les recoins, change régulièrement de coiffure, d’habits. Elle doit être toujours en mouvement, seul moyen de ne pas se faire repérer par les caméras de surveillance ou les agents de sécurité. Elle s'est construit une vie pour remplacer l'autre, celle qu'elle a oubliée, et qui parfois lui revient par bribes. Elle s'invente sans cesse de nouvelles identités, de nouvelles destinations. Elle se fait transparente, elle est une indécelable comme tous les clandestins qui vivent là. Il y a Vlad dont le passé est un mystère et les autres, Liam, Joséphine, Josias… Ce fragile équilibre se fissure le jour où elle rencontre Luc, un veuf inconsolable qui vient chaque jour attendre le vol Rio-Paris et la mémoire peu à peu affleure…

Tiffany Tavernier nous fait aimer son héroïne, nous fait partager l’angoisse de cette femme fragile, tenaillée à la fois par l'espoir et par la crainte de retrouver ses souvenirs. Elle a passé plusieurs mois à observer ceux que l'on ne voit pas, des gens meurtris qui refusent de retourner à la rue, que l'on appelle les indécelables et qui se sentent protégés dans l’aéroport comme dans une bulle. Elle parvient à nous plonger dans cet univers fascinant, hors du temps et du monde et nous renvoie une image quelque peu inquiétante de notre société.

Pour le sourire de mon frère...

La vraie Vie est l'histoire d'une violence familiale racontée à hauteur d'enfant, tout en ombre et lumière.
Adeline Dieudonné, auteure belge saluée par la critique, lauréate du Prix Fnac, du Renaudot des lycéens 2018 et autres, signe ici un premier roman fort sous tension, entre conte cruel et roman noir. Un livre impossible à lâcher !

Dans un quartier pavillonnaire paisible d'une ville indéfinie, la narratrice,10 ans, brosse le tableau d'une famille dysfonctionnelle, entre un père violent, tyran domestique, obsédé par la chasse, et une mère soumise, effacée et souffre-douleur de son mari. Dans cette ambiance oppressante, son seul rayon de soleil est son petit frère Gilles. Elle et son frère vont être témoins d’un accident. Rien ne sera plus jamais comme avant, et le sourire de son frère disparaît. Pour échapper à cette vie maussade et étouffante, elle rêve d'inventer une machine à remonter le temps pour tout effacer, recommencer et redonner le sourire à son frère. Passionnée par Marie Curie et la physique quantique, la science devient son refuge.

Ce roman est porté par un personnage très attachant qui va devoir apprendre à grandir seule, une gamine à l'imagination débordante, intelligente, courageuse, animée d'une volonté farouche et d'un amour inconditionnel pour son petit frère. Commençant comme un conte, l'histoire oscille entre poésie de l'enfance et drame social. Même si le propos est violent, l'écriture aux accents cocasses, pleine de fraîcheur, de fantaisie et de spontanéité, nous emporte.
Récit d'une enfance volée, ce roman à la construction très maîtrisée et à la tension permanente, nous prend et ne nous lâche plus

Mississippi burning.

Le décès d'une ancienne infirmière noire fait remonter à la surface les crimes du passé.
Brasier noir, premier tome d’une trilogie mêlant Histoire du Sud profond sous l’emprise du Klu Klux Klan et roman noir pur jus, est une plongée fascinante dans l’Amérique des conflits raciaux des années 1960 au début des années 2000. Greg Iles signe un roman-fleuve qui se lit d’une traite.

Ex-procureur devenu maire de Natchez dans le Mississippi, Penn Cage tente tout pour innocenter son père, médecin accusé du meurtre de son ancienne infirmière, Viola Turner, une femme noire avec laquelle il a vécu une passion dévorante. Écartelé entre la recherche de la vérité et la volonté de lui éviter la prison, il plonge dans le passé de son père qui a soigné pendant 40 ans les plus indigents au sein d’une petite communauté où régnaient, et règnent encore, le Klu Klux Klan et la mafia. Le doute s’insinue : et si cet homme admiré n’était pas celui qu’il a toujours prétendu être ?

Greg Iles tisse son récit de va-et vient entre les années 60 et aujourd’hui, deux périodes qui se font écho, avec des décors et une galerie de personnages bien plantés, une intrigue aux multiples ramifications et rebondissements et un suspense garanti jusqu’au final. Bien plus qu’une simple enquête policière, le récit nous immerge dans le contexte glaçant des années 60, dans un brasier de racisme, de haine et de violence.

Chronique d'une mort annoncée.

Avec Patria, Fernando Aramburu nous plonge dans l'intimité de deux familles Basques déchirées par les drames causés par L'ETA.

En 2011, le jour du cessez le feu de l'ETA, la veuve Bittori, décide de rentrer au village, ravivant des plaies encore à vif entre deux familles. Nous sommes 2011 et l' ETA vient de décréter l'arrêt de la lutte armée. Bittorri et Mirren ont grandi ensemble, se sont mariées mais cette belle amitié a volé en éclats le jour où le mari de Bittori, el Txato, un entrepreneur de camions, a trouvé la mort. Pour avoir tardé à acquitter « l’impôt révolutionnaire », il a été victime d'un attentat dans lequel Joxe Mari, le fils de Mirren, a pris part. Désormais Bittori n'a de cesse de chercher des explications sur sa participation au meurtre et une demande de pardon.

Mêlant les époques, les voix des familles et de leurs proches, l'auteur analyse dans ce roman chorale, la responsabilité individuelle, la dette morale, et les mécanismes de l'endoctrinement politique. Il raconte également la difficulté à vivre des enfants de ces etxekoandreak, ces femmes au foyer au fort caractère, s’attachant plus particulièrement à certains d'entre eux. Ce roman captivant du début à la fin, offre une belle réflexion sur la possibilité ou non d'un pardon.

Les fantômes de la dictature chilienne.

Dans Partiellement nuageux, Antoine Choplin, l'auteur du magnifique La nuit tombée, imagine la rencontre entre deux personnages brisés par les années funestes de la dictature de Pinochet. C'est beau, touchant, mélancolique, plein de délicatesse et de sensibilité.

Ernesto, vit seul avec Le Crabe, son chat, au Chili, au cœur du territoire Mapuche. Il est astronome, et de son petit observatoire, il étudie les nuages de Magellan. Il se rend à Santiago car son télescope, qu'il a surnommé Walter, a besoin d'une nouvelle pièce. Comme d’habitude, il profite de son passage dans la capitale pour aller au musée de la Mémoire et s’arrêter devant le mur des disparus où figure la photo de Paulina, sa fiancée, fusillée pendant la dictature. Et là, il rencontre Ema. Ces deux écorchés, gauches et timides, vont s'apprivoiser lentement, en douceur, au cours de longues promenades...

Avec beaucoup de pudeur, de poésie et son habituelle écriture épurée, concise, sans un mot de trop, Antoine Choplin nous touche au cœur en racontant la rencontre de deux êtres blessés rattrapés par leurs fantômes, leurs silences, leurs douleurs tues, et leurs sentiments naissants. Il ne fait qu'effleurer ces douloureux souvenirs et pourtant on sent qu'il pèsent sur leurs cœurs, comme sur celui du lecteur...

Une histoire douce-amère où les heures sombres du Chili rejaillissent sur les vies de deux personnes mais avec l’espoir d’un avenir apaisé, et qui interroge sur la possibilité de se reconstruire après les ravages d'une dictature.

Une nouvelle enquête des quêteurs à Madrid.

On retrouve dans L'oasis éternelle le héros de La table du roi Salomon, premier tome de la trilogie de Luis Montero Manglano consacrée au Corps Royal des Quêteurs.

Un deuxième volet tout aussi prenant que le premier !

Ces quêteurs forment une armée secrète chargée de récupérer des œuvres d'art du patrimoine espagnol volées par d'autres pays. Cette fois, l'aventure nous entraîne de Séville jusqu'au Mali, à la poursuite d'un manuscrit très ancien.

Ce thriller ésotérique mêle érudition, aventure et imagination. L'auteur, professeur madrilène d'histoire de l'art, nous procure un plaisir enfantin, comme à la lecture d'Harry Potter ou des films d'Indiana Jones, et nous en apprend beaucoup, comme à la lecture d'ouvrages anthropologiques sur les ethnies et les mythes du Mali. Vivement le troisième tome, El lamento de Cain, encore inédit en France !

Road movie à travers l’Alaska, le Canada et les États-Unis.

Après Denali, magnifique roman initiatique, Patrice Gain, auteur nantais, nous propose avec Terres fauves un beau voyage dans cette terre inhospitalière et perdue au bout du monde, l'Alaska, dans un style très nature writing.

David McCae est un écrivain chargé par son éditeur d’aller rencontrer l’alpiniste Dick Carlson pour terminer les mémoires du gouverneur Kearny qui doit se représenter aux élections, Dick Carlson étant un ami de Kearny.

Abandonné en pleine nature, notre héros, récemment abandonné par sa femme, réduit à faire le nègre et résolument citadin, va devoir affronter cette nature et cet homme éminemment détestables et braver le froid, la faim, la solitude et les ours...
L’histoire à l'écriture immersive, est haletante, âpre, violente, oppressante et noire. Si la nature est belle, elle est aussi cruelle que les personnes qui y vivent.Un très beau roman, à la limite du thriller.

Embarquez pour un magnifique voyage.

Avec Les Voyages de sable, Jean-Paul Delfino nous invite à suivre, à travers trois siècles, l’incroyable vie de son héros immortel. Ses mille et une histoires s’enchaînent comme dans un conte merveilleux.

Vous êtes assis dans un vieux rade parisien en compagnie du propriétaire, Virgile le désabusé, et de Monsieur Jaume, né à Marseille, qui lui avoue être immortel depuis le 18ème siècle. Dans ce face à face, ce presque huis clos, dans ce bistrot comme dans un bateau, s'ouvrent les portes d'une incroyable aventure de trois siècles, cent vies, cent résurrections.

Des voyages, Terre d'Afrique et d'autres encore... Des hommes de tous les métiers, de toutes les horreurs, de toutes les extravagances. Un grand amour... Ce vieux café en rade devient un vaisseau intemporel, un conte magnifique, un rêve qui vous fait asseoir dans un coin de ce bistrot, "vivre-livre".