Leur pouvoir, le savoir absolu.


Cinq adolescents se retrouvent soudain détenteurs de l'intégrité du savoir de l'humanité et deviennent la cible d'organismes malintentionnés.
Vincent Dugomier et Renata Castellani au dessin, racontent leurs folles aventures dans Les Omniscients. Une intrigue captivante, des personnages charismatiques : un début redoutablement efficace et prometteur !

Un matin, des ados new-yorkais qui ne se connaissent pas, se réveillent avec des acouphènes et découvrent que leurs cerveaux ont accès à toutes les connaissances du monde ! Relayée par les médias, l’info circule vite et ils se retrouvent traqués par des journalistes, des membres du FBI qui voient en eux une menace, des mafieux... Un scientifique les prend sous sa coupe, les réunit dans une maison sécurisée et tente de les aider à s'adapter à ce pouvoir. Mais d’où vient ce vertigineux don ? Que faire avec ?

Dans la veine des addictifs Seuls et Harmony, cette nouvelle série de Vincent Dugomier (Les enfants de la résistance) a tous les atouts pour plaire au public jeunesse, à partir de 11 ans : rythmée, haletante, emplie de mystère, d’aventure et de fantastique. La dessinatrice Renata Castellani, dont c’est le premier album, installe efficacement cet univers avec des planches très dynamiques et pleines de vie.

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L'effet papillon.


Jean-Loup, est un petit garçon de 11 ans plein de tocs de comportement à l'imagination débordante. À 7 h 29 précises, un petit rien va changer sa vie.
Vincent Zabus et Hippolyte signent un album plein de fantaisie, surprenant, émouvant et tout à fait Incroyable !

Jean-loup est un enfant différent, en manque d’amour et souvent seul. Il fuit ses camarades et la réalité en se plongeant dans les livres et en se créant un univers rempli d’amis imaginaires. Pour se rassurer, il compte. Le nombre de minutes qui passent et qui le rapprochent de chez lui. Le nombre de fiches manuscrites qu’il rédige sur tout et n’importe quoi. Quand il est effrayé par des événements imprévus.... Tout bascule le jour où il est invité à participer à un concours. Il va devoir affronter le monde et la réalité.

Comme dans Les ombres, les auteurs excellent à aborder des sujets sensibles sous forme de conte. Avec délicatesse, humour et tendresse, ils abordent ici la différence, le mal-être, la souffrance de l’absence. Au départ le récit est déroutant, puis on devine que Jean-Loup a une blessure secrète sur laquelle il ne peut pas mettre de mot, une fragilité, une peur et une solitude qui le rendent très attachant. 

Cette histoire pleine de charme, au ton décalé et drôle, est servie par un dessin doux qui évoque Sempé. Le trait délicat, le dessin sans frontières et les aquarelles chaudes d’Hippolyte conviennent parfaitement à cette ambiance onirique.

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Un album sous haute tension.


Après le Paris de la belle époque (Apache), le monde de la boxe (Panama Al Brown), Alex W. Inker revisite la dépression des années 20, dans son dernier album Un travail comme un autre, libre adaptation du roman éponyme de l’américaine Virginia Reeves.
Entre ségrégation, racisme et emprisonnement, il suit le destin d’un loser progressiste et malchanceux, fasciné par l’électricité. Passionnant et glaçant.

Dans l’Alabama des années 20, Roscoe T. Martin est tellement passionné par l’électricité, source d’énergie révolutionnaire en pleine expansion, qu’il en fait son métier. Mais quand sa femme hérite de la ferme familiale, il doit abandonner son rêve pour travailler la terre. Quelques années et un enfant plus tard, son couple et sa ferme battent de l’aile, lui rumine sa frustration et se noie dans l’alcool. Pour éviter la faillite et améliorer la productivité de son exploitation, il branche sa ferme sur la ligne électrique de l'Alabama Power. Mais son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la firme. Il est condamné à 20 ans de prison…

Ce récit impitoyable en trois actes suit la longue descente aux enfers de cet homme qui a joué de malchance et fait des mauvais choix : la vie et ses frustrations, le pénitencier et son univers impitoyable et le retour impossible. 

Avec un graphisme très expressif presque cartoonesque et volontairement rétro, Alex W. Inter nous plonge dans cette Amérique brute et cruelle, avec ses champs de maïs et de coton, ses vieilles voitures bringuebalantes, ses hommes en proie à la faim, à la dépression, la ségrégation raciale, la misère sociale. L’immersion est complète : on sent la sueur et la poussière.

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Sauveur de savoirs.


Dans un futur post-apocalyptique, Le culte de Mars suit les pérégrinations d’un jeune homme qui recueille et consigne les savoirs oubliés des anciens.
Après le très remarqué Roi Ours, Mobidic, jeune autrice franco-mexicaine, confirme son talent avec ce captivant récit d’anticipation d’une grande beauté plastique.

Dans ce monde retourné à l’état sauvage, l’humanité est retombée à un stade quasi primitif. Les hommes ont créé de nouveaux dieux et idolâtrent les anciens partis sur Mars, en espérant en vain qu’ils reviennent les chercher. Errant dans une nature qui a repris tous ses droits sur la civilisation, Hermès consigne dans un livre les savoirs anciens, n’hésitant pas à les partager et à les transmettre, avant que les survivants tombent dans l’obscurantisme. Mais ce livre suscite la convoitise de ceux qui espèrent rejoindre Mars…

On se laisse volontiers embarquer dans cette histoire. Outre des personnages attachants, une intrigue qui ne faiblit pas, la transmission des savoirs, la sauvegarde de la mémoire, la religion et ses dérives, l’écologie, l’égoïsme de la nature humaine … sont au cœur de ce récit.

Jonglant entre scènes emplies de lumière et d’autres plus sombres, Mobidic nous plonge dans une nature luxuriante, avec des décors riches en détails et en ambiances, des couleurs douces aux teintes marron et vert. Le dessin est vraiment très beau et particulièrement expressif.

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Il n’est jamais trop tard.


Écrasé par la douloureuse absence d’un être cher, Jeannot est le nouvel héros fatigué et bourru de Loïc Clément (Chaque jour Dracula, Les jours sucrés). Sa rencontre avec une veille dame au sourire radieux, lui redonne goût à la vie.
Un très joli album tout public, tendre, sensible et joliment dessiné par Carole Maurel où l'on parle autant de deuil que d’amour.

Ancien jardinier, Jeannot passe son temps à cultiver plantes et arbustes. Il est seul, vieux, perpétuellement irrité. Pour apaiser sa colère suite au drame qui a bouleversé sa vie, il a besoin de tout contrôler et de mettre de l’ordre dans son environnement. Á coups de sécateurs, il tente de dompte la nature et taille méthodiquement tout ce qui dépasse. Seule Josette, une charmante grand-mère au chien espiègle (les héros de Chaussette) parviendra à apprivoiser ce vieux grincheux et à le sortir de ses tourments destructeurs.

Loïc Clément crée un univers cocasse et empreint de poésie. À travers des métaphores, il rend palpables avec justesse la souffrance et l’amertume de Jeannot, vieux monsieur râleur mais qui n’en est pas moins touchant. L’espoir se glisse peu à peu et on espère que ses fantômes se taisent, qu’il retrouve une vie heureuse et apaisée. 

L’histoire est portée par le trait léger tout en mouvements et les planches d’une grande douceur aux couleurs chaleureuses de Carole Maurel. 

Une belle rencontre pleine de douceur, de tendresse, de tristesse et d’espoir.

Destiné à un public jeunesse, cet album est à mettre entre toutes les mains, parents comme enfants !

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Le loup dans la bergerie.

Un homme paraissant bien sous tous rapports, s’immisce progressivement dans la famille de Phénix, jusqu’à devenir son beau-père et transformer sa vie en cauchemar.
Tous les héros s’appellent Phénix, adaptation du roman éponyme de Natasia Rugani signée Jérémie Boyer, décrit avec justesse l’escalade sourde des violences domestiques et psychologiques.

Très complices et très proches, Phénix et sa petite soeur Sacha vivent dans une maison isolée près d’un lac avec leur mère, souvent absente pour son travail. Leur père est parti en mer il ya plusieurs mois et leur manque beaucoup. Tout va être bousculé quand le séduisant et charmant prof principal de Phénix, se met à fréquenter leur mère et s’installe dans leur vie. Qui aurait pu se douter que cet homme apprécié de tous, était loin d’être parfait ?

Jérémie Royer (Sur les ailes du monde, Audubon) traduit bien l’évolution de la situation et des comportements, la peur et le silence des victimes qui n’osent parler. Avec un trait sobre, des couleurs plutôt douces, une mise en scène efficace et pudique, il peint par petites touches, un geste, un regard, la lente descente aux enfers de Phénix et construit un personnage terrifiant.

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La nuit, royaume de tous les possibles.


La nuit est mon royaume
met en scène deux jeunes collégiennes de Créteil partageant la même passion de la musique et bien décidées à en faire leur vie.
Claire Fauvel retranscrit à merveille le parcours initiatique et le passage à l'âge adulte de ces deux adolescentes. Une chronique sociale sensible et immersive.

Nawel et Alice habitent le même immeuble de banlieue et fréquentent le même lycée. Issues d’un milieu modeste, les deux teenagers deviennent amies malgré leurs différences culturelles. Elles montent un groupe de rock, Nuit noire, et décident de tout faire pour devenir rock stars ! Mais le chemin est ardu avec ses pièges, ses hauts et ses bas, ses trahisons, ses désillusions, ses joies et ses larmes. Nawel s’y jette corps et âme, jusqu’à perdre pied.

Loin de Phoolan Devi et de La guerre de Catherine, Claire Fauvel explore de nouveaux horizons et fait la part belle à l’adolescence, avec sa fougue, ses rêves rebelles d’indépendance, ses désirs d’échapper au déterminisme social, aux valeurs familiales et de vivre tout et intensément. Nawel et Alice incarnent parfaitement les jeunes de leur âge, avec leurs sentiments et leurs contradictions. On est ému par Nawel, passionnée, excessive, farouche et à fleur de peau.

D’un trait d’une belle fluidité et très expressif, elle sait dessiner les corps, parvient à mettre en scène la musique et les concerts, à recréer les ambiances de la nuit.

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Courageuse et intrépide Asa.


En 1959, alors qu'un terrible typhon s'abat sur Nagoya, la jeune Asa fait tout son possible pour aider les habitants de sa ville.
Mêlant fantastique et suspense, Asadora ! est un excellent premier tome de Naoki Urasawa (Monster, 20th century boys...) qui nous happe dès les premières pages.

La série s'ouvre sur une scène de fin de monde : en 2020, Tokyo est en proie à un terrible incendie et une monstrueuse silhouette se dessine derrière les flammes. Retour en arrière, en 1959, un typhon d'une ampleur exceptionnelle dévaste toute une zone côtière qui disparaît sous les eaux. En courant chercher un médecin pour sa mère sur le point d’accoucher, Asa, 12 ans, échappe au typhon. Tout en recherchant ses parents et aidée par Katsuga, ancien pilote de l’armée japonaise, et par Kinuyo une femme froide au premier abord, mais au grand cœur, elle met tout son courage pour aider les habitants touchés par cette catastrophe.

Cette histoire est un bon moyen de se plonger dans la vie japonaise quelques années après la Seconde guerre mondiale, dans un pays encore en reconstruction et hanté par la bombe atomique. On retrouve avec plaisir tous les ingrédients qui font le sel des séries de l’auteur, son sens aigu de la narration, son style graphique identifiable avec des personnages et des planches très réalistes, très détaillées, pour un rendu toujours superbe. On se laisse vite entraîner par le rythme soutenu, l’ambiance prenante, les rebondissements et les personnages avec lesquels on entre immédiatement en empathie.

Vivement la suite !

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